Histoires d’énergie
Je reproduis ici une lettre que je viens de recevoir d’une amie vivant en Guinée-Bissau, où le prix du pétrole monte aussi… les conséquences ne sont malheureusement pas les mêmes qu’en France…
« Le prix du pétrole grimpe en flèche, et le monde entier en parle, paraît-il. J'ai cru comprendre que ça grondait dur par chez vous, du côté des pêcheurs, des routiers et des agriculteurs… Eh bien de mon côté, la ville est plongée dans le noir complet depuis 5 jours, et on n'est pas sortis de l'auberge. Vous allez me dire « oui, mais de toutes façons, y'a pas souvent l'électricité par chez toi, non ? ». C'est pas faux ! Sauf que là, la crise est tout de même importante.
Depuis le 15 mai dernier, les quelques groupes pétroliers du pays sont un brin ronchons. Touchés par la flambée des cours mondiaux, ils exigent bien sûr la hausse des prix à la pompe, histoire de pouvoir rentrer dans leurs fonds. Sauf qu'ici, la moindre petite envolée des coûts énergétiques peut avoir des conséquences catastrophiques : qui dit augmentation du prix du pétrole dit aussi inflation des prix des produits de première nécessité… Lorsqu'on sait qu'un sac de riz se vend déjà à 20 000CFA depuis quelques mois, ce qui équivaut au prix d'un salaire minimum, on est en droit de craindre le pire ! Que feront les gens qui se battent déjà pour avaler trois grains de riz ? La situation est grave, et le gouvernement reste donc bien sûr sur sa position : pas d'augmentation des prix possible ! Résultat : les investisseurs pétroliers protestent, et ont bloqué les pompes depuis maintenant 5 jours.
A Bissau, on ne vit pas sans pétrole, et encore moins sans gasoil. Pétrole et gasoil permettent certes aux générateurs d'éclairer les lanternes de ceux qui en ont les moyens, mais ils permettent aussi aux pompes de fournir de l'eau aux habitants, aux taxis et aux bus collectifs de fonctionner, aux bateaux d'approvisionner les marchés, à l'hôpital de vivoter, bref, ils permettent de vivre, tout simplement. Depuis 5 jours, donc, tout est bloqué. Des files interminables de véhicules sans conducteur font la queue aux stations-service, attendant patiemment que leur chauffeur revienne leur donner à manger dans quelques jours ou quelques semaines, quand la situation se sera améliorée. Dans toute la ville, les gens marchent sous la chaleur assommante, complètement imperturbables, presque blasés. A quoi bon se révolter ? Tout ceci dépasse complètement la population! On attend, et il n'y a rien d'autre à faire. On s'inquiète également: "maman est malade à Cachungo, je ne peux pas aller la voir par manque d'essence", "le prix du bus a augmenté, je n'ai pas assez d'argent pour aller chercher du pain", etc etc... Ce n'est pas encore la catastrophe, on espère juste que ça ne durera pas trop longtemps.
Chez moi, nous pourrons tenir 3 jours de plus. S'il n'y a pas d'amélioration d'ici là, nous n'aurons plus ni électricité, ni eau. Si on en arrive à ce point à l'ambassade, je me demande à quoi ressemble la situation ailleurs…
C'est beau, quand même, la mondialisation... »
Et dire qu’il m’arrivait de me réjouir de la hausse du pétrole, en pensant à la planète…